C'est avec la gorge nouée, que j'écris ces modestes lignes. Loin de moi la prétention de me prendre pour un écrivain, un poète,un philosophe... mais le besoin me prend de faire partager ce qui trotte dans la tête, et de me servir de ce blog comme d'un exutoire sentimental.
Toute ta vie, tu as voulu que ta vie, ton existence sur cette Terre soit aussi parfaite que la goutte d'eau sur la pétale d'une fleur. Limpide, sans imperfection, de forme homogène, que même Dieu numéro 2 ne pourrait pas faire mieux. Toute ta vie tu as construit ta vie, femme, enfants, maison, chien, chat... ce dont tu as toujours rêvé. Tu y es parvenu, et toute ta vie tu veilles sur cet équilibre qui fait ton bonheur et ceux des autres... Toute ta vie.
Toute ma vie, aussi courte soit elle, repose sur des souvenirs, un passé, une enfance. Je ne suis qu'à l'aube de ma vie de grand garçon, et j'ai déjà pris dix ans dans la gueule. Toute ma vie, je ne pourrai oublier ces instants magiques, ces instants d'un enfant heureux au sein d'une famille parfaite. Ce que toute ta vie tu as voulu. La perfection, ton aspiration première, ta plus grande qualité, laquelle j'ai hérité, mais ton plus gros défaut...
Des mots résonnent, des odeurs singulières mais tellement particulières se font sentir, des images, des flashback.... toute ma vie, toute ta vie tu t'en souviendras, comme d'un lourd fardeau. Les larmes coulent mais la douleur reste.
Et puis un jour, cette perfection se brise en mille morceaux, un verre que le son strident vient d'éclater. Tout s'écroule et les interrogations qui demeurent: "Mais j'ai tout fait pour que tout soit parfait...." le désespoir, l'incompréhension.
Tu as compris aujourd'hui que la branche de l'arbre que je viens de casser, la fleur que je viens d'écraser par inadvertance, la mauvaise note que je eu à mon devoir de mathématiques, ne te feront jamais retrouver cette perfection après laquelle tu cours. La vie n'est pas parfaite Papa. Toi aussi tu peux faire des bêtises, et la vie peut en faire aussi... Elle t'a fait comprendre que tu ne maîtrises rien et qu'a tout moment l'arbre que tu viens de planter ne donnera peut être jamais de fruits, ou pire qu'il ne survivra pas... Toute ta vie, tu vas devoir vivre comme ça, avec cette idée que la perfection n'est qu'un emprisonnement de ton épanouissement.
Je me suis dit tout à l'heure que pour cette fleur que je viens d'écraser par inadvertance, encore une fois, à mon âge, tu me prendrais dans tes bras et me dirais "c'est pas grave mon fils..." Pourquoi? Pourquoi le bonheur ne se fait que lorsque le malheur a soufflé son vent le plus glacial?
Aujourd'hui je me sens heureux, dans la définition que d'être heureux c'est savoir ce qui me fait avancer. Mon bonheur dont le quota du "être heureux" a été amputé. J'ai peut être moins de quantité à "être heureux" que certains d'entre vous, mais j'essaie de le combler... seul, et uniquement seul. J'aurais tellement besoin, parfois d'une épaule sur qui poser ma tête et me laisser porter. Mais je ne pourrai pas attendre que cette chaleur me fasse avancer. Alors j'avance seul, contre tous, avec ce fardeau, cette douleur, qui chaque jour me rappelle qui je suis, d'où je viens et où je vis..
Je n'oublie rien, mais j'aimerais tellement le poser sur un banc et le récupérer après. J'aimerai tellement me sentir léger, et ne plus sentir, ne plus voir, ne plus me rappeler. Alors je vis, toute ma vie, avec... J'en ai fais ma philosophie, ma raison de vivre, ma morale.
Parfois il me manque, parfois je voudrais le fabriquer, le réinventer... mais je ne peux pas. Ça serait trop parfait sinon et la perfection j'y crois plus. J'y crois plus mais j'essaie d'en faire mon moteur, comme toi tu as fais le tien et qui t'as permis de réussir ta vie. Partir de rien et arriver là où tu en es aujourd'hui. Alors je pars de rien depuis un an et je construis ma vie, pierre après pierre, avec une telle énergie que je me surprends moi même. Tout va trop vite pour moi, mais si ça me permet d'être heureux alors je ferais un effort de suivre la cadence. Je m'y efforcerai car toute ma vie, je veux me remémorais ces instants. Ils font mal mais je veux me remémorer, me rappeler la douleur de l'être qui vous manque... La douleur la plus noble selon moi.
Alors non Papa, la vie n'est pas parfaite mais elle nous fais devenir des êtres bons, et la vie fait des erreurs elle aussi, ne lui en voulons pas....